En Europe, les dispositifs d'aide aux sans-abri s'appuient encore sur des centres d'hébergement temporaires et sur le modèle obsolète de l'accès progressif au logement – un modèle conditionnel qui oblige les personnes à prouver qu'elles sont prêtes à se loger. Les approches axées sur le logement inversent cette logique : elles proposent un logement stable et un accompagnement flexible. L'essor de ces modèles en Europe démontre le potentiel d'une politique privilégiant le logement permanent aux centres d'hébergement temporaires.
Le problèmeGérer un problème croissant
On estime à 100 millions le nombre de personnes sans abri dans le monde, et ce chiffre ne cesse d'augmenter. Jamais auparavant autant de personnes n'avaient dormi dans la rue ou dans des hébergements d'urgence. Dans de nombreux endroits, les solutions mises en œuvre reposent encore sur des centres d'hébergement coûteux, surpeuplés et qui, souvent, traumatisent à nouveau les personnes qu'ils sont censés aider.
Ces structures sont particulièrement inadaptées aux femmes et aux personnes confrontées à des difficultés complexes telles que des traumatismes, des problèmes de santé mentale ou des problèmes de toxicomanie. Les règles strictes et les délais imposés les contraignent souvent à retourner à la rue.
La dite « modèle en escalier » Ce système, qui exige des personnes qu'elles franchissent une série d'étapes temporaires et prouvent qu'elles sont « prêtes » à accéder à un logement, les maintient dans une situation d'instabilité. On leur demande de remplir des conditions telles que l'abstinence ou le suivi d'un traitement avant de pouvoir « mériter » un logement. Or, il est prouvé que cette approche est à courte vue, néfaste et ne fait que gérer le problème du sans-abrisme au lieu de l'éradiquer.
La solutionDes foyers sûrs et stables
Les approches axées sur le logement renversent cette logique. Au lieu d'attendre que les personnes soient « prêtes à se loger », elles commencent par leur fournir un logement sûr et stable, puis proposent un accompagnement flexible pour les aider à le conserver. Les personnes sont bien plus susceptibles de reconstruire leur vie lorsqu'elles disposent d'un logement sûr.
Le principe fondamental est simple : le logement est un droit humain. Parmi les autres principes, on peut citer :
- Accès immédiat à un logement stable – sans test d’aptitude ni conditions préalables.
- Un soutien volontaire, flexible et centré sur la personne.
- Le logement n'est pas conditionné par le recours à un traitement ou à des services.
- Choix, contrôle et dignité au cœur de cette approche.
Une approche véritablement axée sur le logement exige bien plus que des projets isolés. Elle implique une action coordonnée dans les domaines du logement, de la santé et des services sociaux, ainsi qu'une offre suffisante de logements abordables, une orientation politique claire et des investissements soutenus.
Partout en Europe, on observe des exemples encourageants de changement systémique :
- La Finlande a ouvert la voie depuis 2008, en intégrant les principes du Logement d'abord et du logement comme moteur de la politique nationale du logement. La Fondation Y, lauréate du Prix mondial de l'habitatL'organisation a joué un rôle essentiel dans ce succès. Propriétaire de plus de 19 000 logements répartis dans 50 villes, elle propose des logements permanents assortis d'un accompagnement personnalisé pour les personnes ayant des besoins complexes. La Finlande affiche désormais le taux de sans-abrisme le plus bas de l'UE. Son programme national « Logement d'abord » a permis de réduire de 65 % le nombre de sans-abri de longue durée depuis 2008.
- De la rue au logement (Hongrie), lauréat du Prix mondial de l'habitat en 2020Cette organisation œuvre dans un pays où le sans-abrisme est criminalisé. Elle rénove des bâtiments municipaux vacants pour en faire des logements permanents et propose un accompagnement personnalisé et continu. Son modèle, qui s'appuie sur le secteur locatif privé, a incité des municipalités de Budapest à adopter des initiatives similaires axées sur le logement, prouvant ainsi que les approches fondées sur les droits peuvent réussir même dans des contextes juridiques restrictifs.
- L'Écosse a adopté une politique nationale Relogement rapide Cette approche exige que les 32 collectivités locales aident les personnes sans abri à accéder rapidement à un logement stable et ordinaire. Cette politique marque un net changement de cap, passant de l'hébergement temporaire à des solutions axées sur le logement. En complément, Homes for Good – un autre lauréat du Prix mondial de l'habitat Cette organisation a démontré comment l'investissement social peut accroître l'offre de logements de qualité et abordables pour les personnes à faibles revenus, tout en garantissant aux locataires le choix et le respect de leur dignité. Depuis 2014, elle a levé plus de 20 millions de livres sterling pour acquérir, rénover et gérer plus de 500 logements à Glasgow et dans l'ouest de l'Écosse. Cette année, elle a ouvert son premier service à Londres en partenariat avec l'association caritative Crisis, qui lutte contre le sans-abrisme. 90 % de ses locataires bénéficient de prestations sociales, le taux d'impayés est inférieur à 2 % et la durée moyenne des baux est de quatre ans.
- En Europe centrale et orientale, où les modèles d'escaliers dominent encore, l'innovation axée sur le logement émerge. Lauréat du Prix mondial de l'habitat 2025 STOPA (Slovaquie) utilise un modèle axé sur le logement pour fournir des logements permanents et un soutien global, comprenant une thérapie par le travail, une formation professionnelle, des soins de santé mentale et un engagement communautaire via un café solidaire animé par des pairs.
L'Impact: Sécurité à long terme
Les données issues de ces initiatives – et des systèmes nationaux fondés sur des principes axés sur le logement – montrent que cette approche :
En fin de compte, mettre fin au sans-abrisme commence par le logement – et l’impact est transformateur tant pour les individus que pour la société.








